Chemin de la Mémoire 39-45 en Pays de Retz

Le projet

Installer des panneaux historiques sur des sites liés à la dernière guerre en pays de Retz.

Le Chemin de la mémoire 39-45 en Pays de Retz est un circuit de tourisme mémoriel.

Il inscrit le souvenir de faits marquants de la dernière guerre dans le territoire et même dans le paysage. Des panneaux de pierre de lave émaillée portant le récit et les photos de chaque fait de guerre sont installés sur les lieux mêmes où ils se sont déroulés.

Ce projet se développe à l’initiative de l’Association Souvenir Lancaster – ASBL en partenariat avec les communes et les communautés de communes qui assurent son financement ; les associations locales, dont celles regroupant les anciens combattants, sont partie prenante.

Il permet d’associer aussi les écoles, collèges et lycées du périmètre concerné.

Pour réaliser chaque panneau, l’ASBL s’appuie sur les archives, les historiens spécialistes du sujet et la parole des derniers témoins. La plus grande rigueur est recherchée et permet une validation par l’ONAC – VG (Office Nationale des Combattants et Victimes de Guerre).   

Le fil rouge de ce projet est le siglage commun des réalisations par un logo « Chemin de la mémoire 39-45 en pays de Retz » qui permettra de les inscrire dans la documentation des offices de tourisme et les circuits de visite de notre région.  Un balisage est envisagé.

Enfin, un site internet accueille la présentation plus détaillée des différents thèmes, avec témoignages, cartes, photos… : http://chemin-memoire39-45paysderetz.e-monsite.com/

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 Voici une première liste de lieux et de faits qui mériteraient de figurer dans cet itinéraire, sans hiérarchie et sans préjuger de leur importance relative.

 1. Tout d’abord, il semble nécessaire d’accorder une grande place à la poche sud de Saint-Nazaire. Il y a là une mémoire meurtrie où on trouve le souvenir des privations du dernier hiver, la faim, le froid, le manque de lumière, la peur quotidienne de la balle perdue, le souvenir des victimes collatérales, les morts civils sous les obus, les bombes ou les tirs, allemands parfois, mais aussi français, destinés sans doute à l’ennemi, mais fauchant aussi les civils se trouvant au mauvais endroit dans cette poche en peau de léopard où les cantonnements allemands s’imbriquaient dans les villages français. Le souvenir pour des centaines de familles de l’expulsion de leurs fermes, du pillage et de la destruction de leurs biens et pour tous, le sentiment d’un abandon et d’une cicatrice historique mal fermée.

 En s’appuyant sur la mémoire de guerre des onze communes empochées des 9 derniers mois, pourraient être élaborés plusieurs panneaux rappelant les faits marquants de ce dernier hiver. Sans doute faudra-t-il du temps et beaucoup de rigueur historique pour élaborer ces panneaux qui pourraient prendre place auprès du monument de la poche sud à La Sicaudais.  

 Mais dès maintenant, il semble plus aisé de travailler à une thématique à la fois plus large et plus détaillée qui pourrait s’étendre à l’ensemble de la dernière guerre et pourquoi pas à tout le pays de Retz (sans préjuger pour l’instant d’une hiérarchie ni du planning de réalisation)

  2. Évoquons la catastrophe du Boivre qui a motivé la création de notre association : nous avons déjà installé un mémorial sous forme de panneaux historiques auprès de la stèle. Il s’agirait en quelque sorte de s’inspirer de cette première réalisation de 2006 pour mettre en valeur d’autres évènements ou personnages. 

 3. Il faut revenir sur le coup de gong inaugural de ce conflit : le naufrage du Lancastria intervenu le 17 juin 1940. À ce jour, (sauf dans les carrés anglais), aucune stèle ni panneau au sud de l’estuaire rappelant cet événement qui a marqué les populations riveraines des côtes où sont venus s’échouer les cadavres pendant des semaines. Rappelons pourtant le grand traumatisme national que représente ce naufrage pour les Anglais et la vivacité de leurs recherches historiques sur ce drame. 

 4. On pourrait évoquer aussi les résistants du pays de Retz et les engagés volontaires FFI :

- Les 3 résistants de Saint-Père-en-Retz arrêtés en septembre 1943 et morts en déportation : Pierre Coquenlorge en mars 1944 à Dora, Henri Dousset à Flossenburg en décembre 1944, Jean Labédie le 17 juillet 1944 à Buchenwald. 

- Les résistants et patriotes déportés de Saint-Brévin et Paimbœuf, comme Louis Coquet, photographe résistant de Saint-Brévin fusillé le 27 octobre 1943 à Angers, mais aussi Charles Miot, Louis Giverne, Donatien Béché et Emile Farcouli, ainsi que la grande figure de Pierre Chevry, patron de l’usine Khulman à Paimbœuf, mort à Mauthausen le 17 août 1944.

- Mais aussi des morts plus discrètes comme celle du jeune Raymond Bigot, tué le 28 septembre 1944 à Tharon par des mines allemandes qu’il était en train de neutraliser.

- La liste des morts FFI et engagés volontaires est encore plus longue. Citons pour mémoire Robert Laprade, Pierre Lanini et René Gourinchas abattus par les Allemands le 21 octobre 1944 sur la Prée de Tenu à Frossay, mais aussi les caporaux Bouchard et Quéron abattus par les Allemands sur le ruisseau du Pas-Morin (entre Vue et La Sicaudais) le 21 février 1945. Beaucoup étaient originaires de Vendée, de l’Indre ou de la Vienne. Deux stèles honorent ceux du 8è Cuirs et du 1er GMR à Chauvé, d’autres stèles rappellent le sacrifice des hommes du 93è RI (sur l’aire de la route de Nantes-Pornic), mais leur histoire mériterait aussi une évocation et pourquoi pas à Chauvé qui fut à la charnière des combats de Noël 1944 (ou sur l’aire de la route de Pornic).

- Une autre évocation serait  incontournable, celle de Maurice Pollono et de ses trois compagnons, Georges Maurice, René Le Guiffant et Albert Levoeu, tués en haut de la côte de la Malpointe, lors des combats pour la défense de La Sicaudais le 21 décembre 1944.

- Mais il y a aussi les résistants de Sainte-Pazanne, ou de La Montagne…

 5. Un événement a traumatisé durablement les Pornicais, la prise en otage de toute la population de la ville sur le môle du port le 26 août 1944. Rappelons que cet évènement s’accompagna, dans un climat de terreur, de menaces et d’exactions contre la famille Pollono, mais aussi de la mort de Robert Grollier, compagnon de Maurice Pollono, abattu à la ferme de la Bresse le 27 août 1944, le même jour que Pierre Gouy à la Richardière, sans oublier l’exécution des deux transfuges polonais. Rappeler les rôles éminents des époux Loukianoff et du colonel Potiereyka. Il s’agit de l’événement qui marqua la fermeture de la poche sud de Saint-Nazaire et il mériterait son inscription dans le décor où il se déroula. À mon sens, il serait déterminant pour le succès général de l’entreprise que la ville de Pornic et ses historiens s’engagent dans ce projet. 

 6. Évoquons maintenant la reddition qui s’ensuivit des 300 Ostruppen (communément appelés « Russes blancs ») de Pornic, Saint-Père-en-Retz et Saint-Brévin, le 4 septembre 1944. Rappeler les rôles respectifs des résistants civils de Port-Saint-Père et des FFI de la Montagne dans le processus de reddition et de capture commencé à Pornic par l’entremise du major ukrainien Potiereika et du photographe Rostislaw Loukianoff. (Proposition de Jean-Luc Ricordeau de panneaux sur la reddition des Ostruppen à La Montagne)

 7. L’échange de prisonniers de la Rogère, aux limites de Pornic, le 29 novembre 1944 (54 prisonniers allemands contre 32 prisonniers français et 22 anglo-américains) sous l’égide de la Croix-Rouge. Une trêve de 8 heures fut décrétée et l’échange se déroula sous la garde conjointe d’un détachement allemand, d’un peloton de MP de la 94è DIUS et la protection de la 1ère section du 93è RI du capitaine Paintault. Il faut souligner le caractère unique de cet échange de prisonniers en pleine guerre.

 8. Les bombardements de la gare du Pas Bochet à La Sicaudais et du château du Prieuré (quartier Sainte Opportune à Saint-Père-en-Retz) le 26 décembre 1944. Ces bombardements s’inscrivaient dans une campagne d’intimidation alliée contre les forces d’occupation allemandes suite à l’offensive de celles-ci sur l’ensemble du front sud de la poche de Saint-Nazaire à partir du 21 décembre 1944. Ils firent 3 victimes civiles au Pas Bochet, dont la chef de gare, Marie Toussaint, (auxquelles il faut ajouter 12 soldats allemands), et deux victimes civiles à Saint-Père-en-Retz, dont le petit Jean Sculo âgé de 12 ans (auxquelles  il faut ajouter au moins deux morts allemands).

 9. L’entrevue du ravin de la Roulais à La Sicaudais le 9 mai 1945 au cours de laquelle on négocia la  reddition de la poche sud de Saint-Nazaire. Se trouvèrent rassemblés en pleine nature au bord du ruisseau du Pas-Morin, 13 hommes dont le Major Brinkmaïer et l’Oberleutnant Winter, du côté allemand, face au colonel Gaultier, commandant le 21è RI, accompagné du capitaine Audibert, du côté français. Il faut rappeler que c’est ici que se tinrent les dernières négociations de reddition de la seconde guerre mondiale sur le front européen (pour régler les derniers détails concernant la sécurisation des routes d’accès pour les libérateurs, le transfert des communications téléphoniques, les lieux de rassemblement des prisonniers allemands…)

 10. Les crash d’avions alliés :

- Celui du B 24 Liberator au-dessus de la Croix-Bodon à Saint-Brévin le 5 décembre 1943 (9 aviateurs tués). Stèle inaugurée le 8 mai 1999.

- Le crash du B 17 américain au-dessus du village des Morandières le 1er mai 1943 (6 aviateurs tués). Stèle inaugurée le 15 octobre 1984.

- Le crash du Lancaster anglo-canadien au-dessus de la Pichonnais à Saint-Père-en-Retz le 3  avril 1943 (7 aviateurs tués). Stèle inaugurée le 5 avril 2009. Panneau CDM dont l’inauguration est prévue le 6 avril 2013 en présence de trois familles d’aviateurs.

- Le crash d’un Lockeed Hudson de la RAF au-dessus du village des Bretesches à Saint-Viaud le 21 décembre 1941 (4 aviateurs tués). Stèle inaugurée le 11 septembre 2010. Panneau historique inauguré le 12 octobre 2013.

- Les crash d’avions britanniques à Pont-Saint-Martin : un Hempden le 4 février 1941 et un Wellington le 8 mai 1941.

11. En s’appuyant sur la mémoire de guerre des onze communes empochées du pays de Retz, pourraient être élaborés plusieurs panneaux rappelant les faits marquants de ce dernier hiver de guerre. Ces panneaux pourraient prendre place auprès du monument de la poche sud à La Sicaudais.

 Il va de soi que cette liste n’est pas exhaustive et que les mairies, les associations ou les groupes d’historiens locaux qui le souhaiteraient pourront la compléter et l’illustrer par leurs réalisations sur le terrain. Ces réalisations se feraient en partenariat avec l’ASBL.

 Michel Gautier, président de l’Association Souvenir Boivre Lancaster – ASBL, le 10 juillet 2013 (06 81 94 27 66)